Le monde du piano compte quelques manufactures d'exception dont les instruments sont universellement reconnus pour leur qualité sonore et leur facture irréprochable. Ces marques prestigieuses perpétuent des traditions séculaires tout en intégrant les innovations modernes. Partons à la découverte de ces légendes de la facture pianistique.
Steinway & Sons : la référence mondiale
Fondée en 1853 à New York par Heinrich Engelhard Steinway, immigrant allemand, Steinway & Sons est devenue synonyme d'excellence pianistique. Avec plus de 125 brevets à son actif, la marque a révolutionné la facture du piano moderne.
Le son Steinway se caractérise par une richesse harmonique exceptionnelle, une projection puissante et une palette dynamique étendue. Chaque piano nécessite environ un an de fabrication et plus de 12 000 pièces assemblées à la main.
Les pianistes de concert plébiscitent la marque : plus de 98% des artistes choisissent un Steinway lorsqu'ils ont le choix de l'instrument. Les modèles D-274 (piano de concert) et B-211 (demi-queue) sont particulièrement prisés.
Le déménagement d'un Steinway requiert des précautions particulières. La valeur de ces instruments (souvent plusieurs dizaines de milliers d'euros) et leur mécanique sophistiquée imposent le recours à des spécialistes expérimentés.
Bösendorfer : l'âme viennoise
La manufacture autrichienne Bösendorfer, fondée à Vienne en 1828, incarne l'âme musicale de la capitale de la musique classique. Franz Liszt lui-même contribua à sa renommée en louant la résistance de ces pianos à son jeu puissant.
La sonorité Bösendorfer se distingue par une chaleur particulière et des basses d'une profondeur remarquable. Le modèle Impérial, unique en son genre, dispose de 97 touches au lieu de 88, offrant une octave supplémentaire dans le grave.
La fabrication artisanale reste au cœur de l'identité de la marque. Chaque piano Bösendorfer requiert entre quatre et six ans depuis le séchage du bois jusqu'à l'instrument fini, dont une année complète d'assemblage final.
Propriété de Yamaha depuis 2008, Bösendorfer a conservé son site de production viennois et ses méthodes traditionnelles, garantissant la continuité de son patrimoine sonore unique.
Bechstein : le romantisme allemand
C'est à Berlin, en 1853, que Carl Bechstein fonda la manufacture qui porte son nom. Ses pianos séduisirent rapidement les plus grands compositeurs romantiques, de Liszt à Debussy en passant par Richard Strauss.
La sonorité Bechstein se caractérise par une clarté exceptionnelle dans les aigus et un équilibre parfait entre les registres. Les pianistes apprécient particulièrement la précision du toucher et la réactivité de la mécanique.
Après des décennies difficiles au XXe siècle, Bechstein a retrouvé son rang parmi l'élite. La production, répartie entre l'Allemagne et la République tchèque, maintient les standards de qualité qui firent la gloire de la marque.
Les pianos Bechstein anciens, particulièrement ceux de la période d'avant-guerre, sont recherchés par les collectionneurs et nécessitent une expertise particulière lors de leur transport.
Blüthner : la quatrième corde
Fondée à Leipzig en 1853 par Julius Blüthner, cette manufacture saxonne a développé une innovation unique : le système de cordes aliquotes. Une quatrième corde, non frappée par le marteau, résonne par sympathie avec les trois autres, enrichissant le son.
Cette caractéristique confère aux Blüthner une sonorité chantante et une sustentation exceptionnelle. Les compositeurs romantiques et impressionnistes appréciaient particulièrement ces qualités expressives.
Quatrième plus ancien fabricant de pianos au monde, Blüthner reste une entreprise familiale dirigée par la cinquième génération. Chaque piano quitte l'usine avec une plaque signée personnellement par la famille.
Fazioli : l'excellence italienne contemporaine
Créée en 1981 par Paolo Fazioli, cette jeune manufacture italienne s'est rapidement imposée parmi les plus grands. Ingénieur et pianiste, Fazioli a appliqué une rigueur scientifique à la conception de ses instruments.
Les pianos Fazioli se distinguent par une table d'harmonie en épicéa du Val di Fiemme, le même bois qu'utilisait Stradivarius pour ses violons. Cette essence exceptionnelle confère aux instruments une sonorité d'une pureté remarquable.
Le modèle F308, plus grand piano de série au monde avec ses 3,08 mètres, témoigne de l'ambition de la marque. Produits en quantité limitée (environ 150 pianos par an), les Fazioli sont particulièrement recherchés.
Yamaha : la démocratisation de la qualité
L'histoire de Yamaha débute en 1887 lorsque Torakusu Yamaha répare un orgue et décide de se lancer dans la fabrication d'instruments. Aujourd'hui, Yamaha est le premier fabricant mondial de pianos.
La force de Yamaha réside dans sa capacité à produire des instruments de qualité constante à différents niveaux de prix. Des pianos d'étude aux modèles de concert CFX, la marque couvre tous les besoins.
Le piano de concert CFX, développé en collaboration avec des artistes internationaux, rivalise avec les meilleurs instruments européens. Sa clarté, sa projection et sa fiabilité en font un choix apprécié sur les grandes scènes.
Pour le transport, les pianos Yamaha bénéficient d'une construction robuste et standardisée qui facilite les opérations de manutention, sans rien sacrifier à leur qualité musicale.
Kawai : l'innovation japonaise
Fondée en 1927 par Koichi Kawai, ancien employé de Yamaha, cette manufacture s'est distinguée par ses innovations techniques. L'introduction de la fibre de carbone dans les mécaniques a constitué une avancée majeure.
La mécanique Millennium III, avec ses composants en carbone, offre une stabilité dimensionnelle parfaite quelles que soient les conditions climatiques. Cette technologie équipe les modèles haut de gamme de la marque.
Les pianos de concert Shigeru Kawai, du nom du fils du fondateur, représentent le sommet de la production. Fabriqués à la main au Japon, ces instruments rivalisent avec les meilleures références européennes.
Les marques françaises historiques
La France a longtemps occupé une place de premier plan dans la facture de pianos. Pleyel et Érard équipaient les salons du XIXe siècle et les scènes où brillaient Chopin et Liszt.
Sébastien Érard inventa le mécanisme à double échappement, permettant la répétition rapide des notes, innovation fondamentale adoptée par tous les fabricants. Ses pianos étaient réputés pour leur puissance et leur brillance.
Pleyel, marque préférée de Chopin, produisait des instruments à la sonorité plus intimiste. Malheureusement, la production de ces deux manufactures légendaires a cessé au début du XXIe siècle.
Les pianos Pleyel et Érard anciens demeurent très recherchés par les collectionneurs et les musiciens spécialisés dans le répertoire romantique. Leur transport nécessite une attention particulière compte tenu de leur ancienneté.
Choisir selon ses besoins
La meilleure marque n'existe pas dans l'absolu. Chaque manufacture développe une philosophie sonore et un caractère particulier qui conviendront plus ou moins selon le répertoire et la sensibilité de chaque musicien.
Pour l'apprentissage et la pratique amateur, les marques japonaises offrent un excellent rapport qualité-prix. Pour l'enseignement professionnel et le concert, les grandes marques européennes restent la référence.
L'essai d'un instrument demeure irremplaçable. Prenez le temps de jouer sur différentes marques et modèles avant de faire votre choix. Le piano doit correspondre à votre toucher, à votre oreille et à vos aspirations musicales.
Le déménagement des pianos de prestige
Quel que soit le prestige de la marque, le déménagement d'un piano de valeur nécessite des compétences particulières. Assurez-vous que votre déménageur possède l'expérience et l'équipement adaptés à votre instrument.
Les pianos de collection ou anciens peuvent requérir des précautions supplémentaires : caisse de transport sur mesure, climatisation du véhicule, assurance valeur déclarée majorée. Discutez-en avec votre prestataire.
Après le déménagement, prévoyez une période d'acclimatation plus longue pour les pianos haut de gamme. Leur sensibilité acoustique justifie un délai étendu avant le premier accordage dans le nouvel environnement.


